pour un Nouveau Proche-Orient

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Le PDG de la chaîne internationale i24NEWS, Frank Melloul, accorde à Futé Magazine une interview exclusive dans laquelle il nous livre l’envers du décor de la scène médiatique au Proche-Orient et son impact sur l’international. Et il semblerait que l’impartialité de la chaîne TV, basée en Israël, offre de nouvelles perspectives pour un Moyen-Orient plus éclairé qui accèderait enfin à la coexistence politique régionale.

Focus sur l’homme qui dirige, orchestre d’une main de fer i24NEWS et sa volonté de faire battre un cœur nouveau au Proche-Orient.

Charles Benguigui : Au vu de votre carrière politique en France auprès notamment de Dominique de Villepin au temps de son mandat de Premier Ministre, qu’est-ce qui vous a conduit à bifurquer dans le domaine des médias audiovisuels pour créer en 2013 la chaîne d’information internationale i24NEWS ?

Frank Melloul : Je suis arrivé en politique un peu par hasard. Je suis d’abord entré au Quai d’Orsay pour mes compétences sur la politique de défense européenne comme Chargé de mission, puis nommé porte-parole adjoint sur les questions du terrorisme, Moyen-Orient et affaires stratégiques. J’ai également participé à une mission en Iran en 2003, mon rôle est alors d’informer les journalistes sur place sur la question du Protocole additionnel du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires). Je me fais alors remarquer par Dominique de Villepin, qui une fois devenu ministre de l’Intérieur, m’offre l’opportunité de rejoindre son cabinet. Je suis choisi pour
mes compétences en communication internationale notamment concernant les problématiques sur le terrorisme. Je rejoins donc son cabinet et deviens porte-parole. Je le suis à Matignon, lorsqu’il devient Premier Ministre. Et c’est à la fin de son mandat, qu’on me propose d’intégrer l’équipe de France 24. Ils cherchaient un diplomate pour créer le fameux soft power (NDLR concept consistant à convaincre en douceur) à la française. Je suis alors nommé auprès d’Alain de Pouzilhac, Président Directeur Général de France 24,
pour créer la stratégie de développement internationale et positionnement international de la chaîne.
Nous sommes alors au début du digital et des réseaux sociaux. On comprend très vite que dès lors qu’il se dit quelque chose en France, il y a une répercussion à l’international. Il fallait mettre en place une chaîne TV qui puisse montrer la réalité française et donner l’occasion à la France de pouvoir transmettre à l’international sa politique étrangère. C’est d’ailleurs ce que les Américains faisaient déjà avec The Voice of America, les Anglais avec la BBC… La France se devait de développer cet outil qu’on appelait alors CNN à la française. Ceci se déroule au lendemain du discours de la France à l’ONU, qui avait reçu une standing ovation lorsque de Villepin avait fait son discours contre la Guerre en Irak, en affirmant que “la menace n’est pas en Irak, mais en Iran”. Toutes les chaînes TV avaient coupé la partie sur l’Iran tandis qu’il y avait eu une standing ovation au Conseil de Sécurité, ce qui est d’ailleurs interdit par le protocole. Ce jour-là, Jacques Chirac avait rétorqué que s’il avait eu son propre média, l’opinion publique internationale aurait pu voir que la France n’était pas isolée sur la scène internationale. Cette censure a littéralement donné l’impulsion à la création de France 24. Après, Nicolas Sarkozy a voulu faire plus grand que France 24. Il a créé une holding (NDLR Société qui prend des participations financières dans d’autres sociétés et qui en dirige l’activité) avec tous les médias internationaux français (France 24 – Radio France Internationale TV5MONDE – la radio arabe Monte Carlo Doualiya). C’est donc dans ce contexte que j’ai été nommé patron de la stratégie et du développement de la Holding pour fusionner et créer une politique d’influence sur la scène médiatique internationale.

Hava Oz : Après 8 années de présence sur satellite et câble à l’international, et depuis 2018 disponible en Israël sur HOT, qu’incarne i24NEWS à vos yeux ?

F.M : En octobre 2012, je suis contacté par Patrick Drahi pour la création d’un média pour changer la perception d’Israël dans le monde. C’était en pleine période d’attaques de roquettes sur Tel Aviv. Cette vision de Patrick Drahi était motivée par le constat qu’aucun média ne montrait la réalité et ne faisait mention des attaques incessantes sur Israël, mais uniquement des bombardements sur Gaza. C’est ici qu’est née sa volonté de créer un média impartial montrant la réalité à travers la diversité du Moyen-Orient. Toutes ces années au gouvernement m’avaient montré qu’il y allait avoir une montée radicale de l’islamisme. J’ai signé avec lui en novembre 2012, et j’ai fait mon Alyah avec ma famille dans la foulée en décembre 2012. En quelques mois à peine, nous lancions les trois chaînes d’informations internationales.

C.B : Quel a été au moment de la création d’i24NEWS votre état d’esprit, votre stratégie ?

F.M : Je me suis servi de mes expériences fructueuses dans les médias audiovisuels français pour reproduire le modèle fort de France 24 ; moins les erreurs commises… Ma première initiative a été de positionner la chaîne sur le mode de la coexistence. Je pense que, si aujourd’hui, certains ont la fausse croyance que la paix est impossible au Proche Orient, c’est sans doute, à 90 %, à cause de la désinformation médiatique.

H.O : Le Proche-Orient a toujours été un sujet passionnel tant en politique qu’en journalisme. Comment la chaîne parvient-elle à conserver un ton impartial et à s’affirmer comme 1er média “apolitique” pour ne pas dire sans appartenance idéologique face à Al-Jazeera qui est une chaîne d’Etat ?

F.M : La volonté d’i24NEWS a été depuis le départ de créer une “news room” commune à nos 3 rédactions respectives (française, anglaise et arabe) qui ainsi coproduisent le même contenu journalistique. A partir de là, on comprend que “la coexistence” constitue l’ADN de la chaîne, et que nous sommes le seul véritable média au Proche-Orient. C’est la raison pour laquelle les Émirats Arabes Unis nous ont choisi pour suivre et commenter les accords d’Abraham, car les acteurs du Proche-Orient apprécient notre impartialité qui leur permet également, pour la première fois, de découvrir le point de vue et la réalité israélienne. La majorité de notre audience est non-juive. En effet, i24NEWS n’est pas une chaïne communautariste. Son contenu est largement repris par les autres médias, notamment par les chaînes nationales israéliennes comme Channel 12 & 13. Depuis la crise sanitaire de la covid-19, i24NEWS a été reconnue par le gouvernement israélien comme chaîne nationale.

C.B : Le 21 Juin dernier, vous avez annoncé une expansion de votre “news room” au sein de Dubaï Media City, faisant suite aux accords diplomatiques signés en 2020. Quel impact cela va-t-il avoir sur la scène médiatique et politique internationale ?

F.M : Au lendemain de l’annonce des accords d’Abraham, notre chaîne a tout d’abord signé des accords avec le groupe Abu Dhabi Media. Très vite, la chaîne a été diffusée chez l’opérateur de télévision régional, Etisalat puis avec DU et maintenant, nous annonçons l’ouverture de notre bureau à Dubai Media City et d’autres collaborations avec de grands groupes de média. i24NEWS est la première chaîne dans l’histoire de l’Etat d’Israël a avoir des accords avec d’autres médias voisins et à ouvrir un bureau dans un pays arabe. Cela montre qu’en tant que média, nous ne nous sommes pas contentés uniquement d’observer quelque chose qui se passe, nous sommes devenus des acteurs d’une dynamique dans la région. Si cela a été possible, c’est parce qu’i24NEWS et ses partenaires aux Emirats Arabes Unis ont une volonté conjointe de montrer la réalité d’un nouveau Moyen-Orient, de souligner cette réalité qui rassemble. i24NEWS est désormais perçue, dans le Golfe et à l’international, comme la chaîne naturelle de ce Nouveau Moyen-Orient.

Lieberman se venge sur les enfants des orthodoxes

Dans la société orthodoxe, personne n’attend rien d’Avigdor Lieberman , mais que dire de Bennett et Lapid, qui avaient promis qu’il n’y aurait pas d’atteinte économique dirigée contre les orthodoxes ?
Il n’y a pas d’idéologie : Lieberman cherche à frapper leur point faible. Des milliers de familles et d’enfants vont basculer dans la précarité et passeront sous le seuil de pauvreté, parce que, tout simplement, sortir travailler n’est déjà plus rentable. Le ministre des Finances, Avigdor Lieberman, a décidé que sa première décision serait un décret économique à l’encontre du public orthodoxe, ce qui présage une atteinte portée à quelque 18 000 familles, soit le décret des crèches. A présent, chaque ménage dont le mari ne travaille pas ou ne suit pas une formation, n’aura pas droit à la réduction impliquée par le niveau de revenus pour les crèches. Nous reviendrons sur la signification économique et sociale de la décision du ministre des Finances. Mais tout d’abord, il convient de se focaliser sur le Premier Ministre, Naphtali Bennett et son suppléant, Yaïr Lapid. La veille de la formation du gouvernement, les orthodoxes (le public, et non pas leurs représentants), ont fortement craint les décrets économiques. Naphtali Bennett et Yaïr Lapid ont lancé un appel au calme. Le Premier ministre s’était adressé dans un entretien à Amit Segal : « Lieberman a donné sa parole, il n’y aura pas d’atteinte dirigée contre les orthodoxes».
Or, moins d’un mois après la formation du gouvernement, il s’avère qu’Avigdor Lieberman, ministre de l’économie, n’a que faire de Naphtali Bennett. Sans même l’informer, il a publié un avis sans équivoque, qui consiste en un premier coup dur contre la population orthodoxe. Lieberman vient de prouver une fois encore que Bennett n’a aucune autorité sur tout ce qui est lié à l’économie, et que le patron, c’est lui. Personne ne se mêlera de ce qu’il fait.
A présent que tout le monde a compris que Lieberman n’est pas moins Premier Ministre que Bennett, même s’il n’en détient pas le titre, on peut comprendre les craintes des partis religieux face à une intervention grossière dans les sujets de religion et d’Etat, et à la violation du statuquo. Les orthodoxes soutiennent, vraisemblablement avec raison, qu’en dépit du droit de veto de Bennett concernant les affaires de religion et d’Etat, personne ne lui demandera ce qu’il compte faire, car il optera pour son maintien sur son fauteuil de Premier Ministre pour éviter la dissolution du gouvernement.
En réalité, je n’ai aucune attente de Lieberman. Il n’a pas caché son intention de jeter les orthodoxes avec une brouette dans une décharge. Mes critiques s’adressent à Naphtali Bennett et Yaïr Lapid. Ils se sont tous deux engagés à empêcher toute atteinte contre le secteur orthodoxe. Mais à l’heure de vérité, ils ont montré qu’ils ne se font aucun souci pour eux. Ceux qui pensent que la manœuvre de Lieberman aurait pour objectif de faire céder les partis orthodoxes afin qu’ils rejoignent le gouvernement, sont dans l’erreur. Ce nouveau décret les en éloigne davantage, et c’est apparemment l’intérêt de Bennett, qui a déclaré qu’il ne voulait pas que les orthodoxes y siègent.
Cette décision du ministère des Finances poussera la moitié des femmes orthodoxes à quitter leur travail, pour la simple raison qu’en moyenne, les familles religieuses ont deux enfants à la crèche. Le dommage est évalué à quelque 4 000 shekels. Le salaire moyen, pour une femme orthodoxe, est de 7 000 shekels. il n’y a aucune raison d’aller travailler des jours entiers pour un peu plus de 2 000 shekels. Lieberman détruit ceux qui ont mis des années à se construire. Il est plus facile d’endommager que de réparer.
Si Lieberman avait voulu réduire les dépenses du ministère, il aurait aussi diminué les subventions énormes destinées à la Communauté des Etats indépendants, sans parler des cinq milliards de shekels annuels qu’a réussi à soutirer le député Mansour Abbas. Lieberman a voulu frapper le ventre mou du secteur orthodoxe, et il y est parvenu. Il a également prouvé sa main-mise sur le gouvernement et l’assouvissement d’une vengeance contre les religieux. Ce faisant, il poussera d’autres milliers de familles sous le seuil de pauvreté. Mais qui ça intéresse ?
Quelqu’un a entendu la ministre de l’Economie ?
Le ministre des Affaires sociales ?
Tous craignent Bennett et préfèrent se taire.

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