LE TRESOR DE MA TERRE

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Lorsque vous arrivez en Israël vous êtes d’abord frappé par sa modernité. Mais ce qui vous stupéfie c’est le nombre de chantiers immobiliers, routes, train, tramway. Tout bouge, tout grandit et tout se déplace. Le pays vous invite à observer, comparer, le pays vous souffle à l’oreille : « Demain ce pays sera encore différent aussi et plus différent que ce qu’il était hier.
Dans le fond Israël est toujours un projet vivant. Pourtant cette terre porte une histoire qui est bien plus large que le temps. Cette terre disputée a de tout temps fait l’objet d’une volonté mystique, incompréhensible des nations à la posséder. Incompréhension car en fait elle n’a rien ou presque qui pourrait faire l’objet de convoitise. Elle n’a ni la fertilité des plaines d’Ukraine, ni les verts pâturages d’herbe grasse de Normandie, ni la « pampa » pour les grands élevages d’Argentine, encore moins les champs pétroliers du Texas ou du Koweït. Rien ni dessus ni dessous. Alors dites-moi, c’est quoi le trésor d’Israël ?
Peut-être la terre où reposent les pères du peuple juif, ses saints, ses héros, ou encore ses vestiges musulmans, chrétiens. Oui nous avons patiemment rénové tous les vestiges de l’histoire. Les vieilles synagogues, les anciennes mosquées partout, à Haïfa, à Jérusalem, à Yafo, partout où les pierres s’effondraient, se salissaient. Ici même les envahisseurs ont vu leurs vestiges restaurés. A Yafo tout a été reconstruit dans le pur esprit du passé et de son histoire, à Tel Aviv des rues entières refaites dans le style Ottoman, à Acco on a même restauré un Hammam pour en faire un musée, des galeries magnifiques de l’époque des Croisés sont aujourd’hui visitables, splendides de gigantisme et de beauté. A Jérusalem les anciens quartiers juifs et musulmans rétablis comme ils l’étaient à l’époque de leur construction. Et avec tout ça un chercheur du CNRS écrivait « Israël a tout fait pour effacer les traces de présence palestinienne sur sa terre ».
Les historiens ont dit que
« Chateaubriand n’était pas sorti de chez lui pour écrire l’histoire de France », ce type-là n’est sans doute jamais sorti de son bureau et n’a même pas ouvert sa fenêtre ! Mais passons, leurs mensonges sont souvent là pour nourrir leur histoire. Qu’est-ce que c’est cette terre ? Lorsque nous avons commencé à revenir, le nord n’était que marécages, le sud un désert de sable et de rocaille, à l’est une mer de sel et de souffre, et à l’ouest la seule zone de la méditerranée sans poissons. Un climat où le soleil frappe neuf mois sur douze, les pluies d’hiver sont souvent torrentielles, en quelques minutes elles inondent le pays. Une capitale disputée, lorsque tu t’y promènes tu es épuisé, fatigué de ses côtes, ses faux plats. Une terre sur la carte du monde si petite, si insignifiante qu’en y regardant de trop prês tu crois que c’est une mouche qui s’est posée, même pas la place d’écrire en entier le nom de sa capitale ou son nom. Vraiment notre peuple a beaucoup d’histoire mais pas assez de géographie.
Mais au fond la question reste entière, tous ces peuples depuis les Romains, les Croisés, les Mamlouks, les Ottomans, les Anglais, et j’en passe beaucoup, ils voulaient quoi ? Ils cherchaient quel trésor ? Tous ceux-là se battent, se déchirent, se massacrent pour quelques vieilles pierres, de vieux monuments, un vieux mur, d’anciens tombeaux ? Ça ne peut être seulement ça, c’est impossible.
Bon d’accord, vous allez me dire : « C’est la terre de D. » C’est cela le trésor, la terre Sainte, et patati et patata…D’une part je ne suis pas certain que la volonté de D. réside dans Sa volonté de voir ses créatures se battre à mort pour Sa terre. D’autre part j’ai vu D. passer sa colère sur des pierres, surtout à Jérusalem. Un exil long, tragique et insupportable. Ceux qui vivent sur cette terre ne semble pas croire au même D. et avoir quelques nuances à ce sujet ; l’erreur : jamais personne aujourd’hui et depuis bien longtemps ne l’a vu ni entendu. Terre promise, terre de miracles, le seul miracle sur cette terre c’est de l’aimer.
Aimer au point de la désirer, quelquefois hypocritement, chaque année dans nos prières. Pourtant elle nous manque déjà dès que nous sommes à l’aéroport, quand ceux qui la quittent, savent qu’au fond ils ne la quittent pas vraiment, leur terre va encore et toujours les appeler.
J’ai cherché et finalement j’ai trouvé, il était là devant moi le trésor de cette terre, il me souriait avec insolence. Non je n’étais pas sur les neiges du Hermon, ni au fond de la mer rouge à Eilat, je n’étais pas dans les rochers de Roch Hanikra, j’étais là, tout simplement, sans me poser de question. Le trésor de cette terre c’est son peuple. Terre qui t’aime si fort que s’en est quelquefois du gâchis.
Peuple qui pour cet amour partagé a, au prix de son sang, des larmes, a asséché les marais infestés par la malaria, défriché les plaines de la vallée de Jezréel pour en faire les plus splendides paysages agricoles du pays. Peuple qui s’est battu avec ceux qui s’acharnaient à vouloir le faire disparaître. Peuple qui au prix de sa souffrance s’est battu avec les cailloux, les rochers pour transformer les terres de Golan en pâturages verdoyants, en vigne là où la terre lui offre son sang, ce vin si fruité et si noble. Peuple qui a lutté contre le sable, le vent, pour en faire sortir les impériales palmerais de la Harava et ses dattes aussi douces aussi charnues, que les belles lèvres des jeunes filles que l’on embrasse avec délicatesse. Peuple qui a aménagé tout le long de ses villes côtières des plages de sable doré où les jeunes gens jouent aux raquettes, où les terrasses bercées par la mer sont toujours bondées de cris d’enfants, de rires, de joie. Peuple venu, rassemblé et uni qui a voulu apporter pour le festin toutes les saveurs du monde, de la vieille Europe, la jeune Afrique, de l’Amérique et de l’Asie. Peuple là, dans les ruelles du souk Mahane Yéhouda à Jérusalem avec ses odeurs d’Orient qui rivalisent avec celles des petits pains aux sésames et la chaude odeur des pitot, où s’étalent fièrement, les poissons et les viandes fumées voisinant avec les célèbres halvas aux pistaches, aux amandes, et même à l’orange. Ce peuple chargé de paquets qui court pour Chabbat, ou pour Pourim les enfants fiers de leur déguisement transforment les rues en une farandole de couleurs, de cris, de rires, et où les jeunes gens garçons et filles échangent des sourires complices et sont prêts à tomber de masque pour se tenir la main. Peuple qui a su utiliser toute son intelligence, son savoir et sa tradition pour remplacer le pétrole qu’il n’a pas trouvé, par l’or extrait de sa tête pour enrichir sa terre.
Terre qui chante avec son peuple et ses artistes, qui accueille les oiseaux qui ont traversé le monde pour venir faire un petit coucou, terre qui pleure les héros qui ont sacrifié leur vie et qu’elle garde précieusement dans son ventre pour les rendre à la vie au moment de la délivrance qu’elle attend pour elle et son peuple. Terre qui tremble pour ses enfants sous les roquettes de ses ennemis, qui brûle des ballons incendiaires envoyés par ceux qui à bien y voir, au fond, la haïssent en voulant la transformer en cendre comme d’autres autrefois.
Terre et peuple d’histoire, de mémoire mais vivante comme son peuple, avec ses musées partout dans le pays, sa culture et son art qui s’affiche jusque dans les rues. Mais aussi terre et peuple qui n’ont pas peur de dénoncer leurs défauts, les inégalités sociales, les injustices, l’égoïsme politique. Avec ce peuple où les jeunes se lèvent dans le bus pour laisser s’assoir les personnes âgées, ou si tu tombes dans la rue au moins dix personnes viennent t’assister, si tu traverses la rue avec une canne il y a toujours du monde pour te proposer de l’aide, même si ce peuple est toujours pressé dans la file d’attente. Mais encore terre où chaque individu du peuple peut s’exprimer librement, voter, manifester ; dire non en toute liberté. Ce peuple rebelle qui se dispute par amour. Ma terre, mon peuple n’a plus à craindre les agressions antisémites ; elle sait se défendre, il n’a plus peur non plus de voir des agents de la force publique taper à la porte à cinq heures du matin pour conduire les enfants, les parents, les femmes enceintes, les mamans avec leur bébé vers la mort pour la seule raison qu’ils sont juifs.
Elle est comme cette femme abandonnée qui a attendu le retour de son amour dans la tourmente, qui pleurait chaque jour son absence et qui ne donnait plus rien tant elle était dans son grand chagrin. Alors au moment où elle l’a vu revenir elle lui a dit en le serrant dans ses bras : « Viens, mon trésor, ma vie, tu vas voir quelle maison, quel foyer pour nos enfants nous allons bâtir. »

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