L’histoire turbulente des Juifs de la Martinique…

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Alors que le terrible ouragan Irma a détruit très largement certaines iles françaises de l’Atlantique, j’ai voulu revenir cette semaine sur l’histoire des juifs dans cette région ; et plus particulièrement en Martinique.
L’on ignore trop souvent que des Juifs figurent parmi les premiers “colons français” de Martinique. Moins de 30 ans après que la France eut pris possession de l’île, quelques Juifs hollandais fuyant le Brésil et l’Inquisition, trouvèrent refuge sur l’île. Bien qu’on leur doive l’introduction des techniques permettant la cristallisation et le raffinage du sucre – avec la construction des canaux d’irrigation et des moulins à eau et à vent, ces “anciens marranes” furent l’objet des persécutions officielles. En 1659, sous la pression des jésuites, le droit de commerce leur fut dénié ; en 1685, Louis XIV ordonna leur expulsion. Leur nombre ne dépassait pas quatre-vingts.
Après cela, les Juifs restés sur place s’épanouirent sur le plan économique mais les Juifs qui refusaient de pratiquer le commerce durant shabbat étaient soumis à une amende.
En tête de ces premiers Juifs martiniquais figurent Jacob Gabaye, sur la propriété duquel se trouvaient une synagogue rudimentaire et un cimetière juif et Benjamin Da Costa, pionnier de la culture du cacao, de la canne à sucre et de l’extraction de l’indigo.
L’édit de mars 1685, le document qui par ailleurs régularise la pratique de l’esclavage dans l’empire français, rend officiel l’ordre d’expulsion des Juifs promulgué par Louis XIV. Mais sur place, l’application des lois antijuives laissait plutôt à désirer : en 1695, la chancellerie française fit remontrance au gouverneur, pour avoir permis à six familles de rester en rappelant “qu’il ne soit permis à aucun marchand, ou autre faisant profession de la religion juive de s’établir dans les îles et colonies… “. Dès 1727 cependant, les Juifs réapparurent à la Martinique.
Pendant la Shoah, il revint au régime de Vichy de ranimer le spectre de l’antisémitisme sur une île comptant si peu de Juifs en son sein. L’amiral Georges Robert s’empressa d’appliquer les lois antisémites de Vichy. Il a ainsi ordonné le rapatriement des réfugiés juifs vers la Métropole ou l’Afrique du Nord. Parmi les intellectuels juifs qui passèrent par la Martinique durant cette période se trouvait Claude Lévy-Strauss.
Les années 1970 ont vu la renaissance de la présence juive à la Martinique, conséquence de la guerre d’Algérie qui s’était terminée en 1962. En 1976, l’association cultuelle israélite de la Martinique (A.C.I.M.) fut officiellement formée. Aujourd’hui, la population juive martiniquaise s’élève approximativement à 450 individus regroupés en 190 foyers. Les piliers de la communauté sont issus des familles Chicheportiche, Illouz, Marciano, Nakache, Taëb, Zaoui et Zerbib.
Notons enfin qu’Aimé Césaire fut le premier Martiniquais à restituer au Juif la place qui lui revient dans la formation de l’identité antillaise moderne. Dans son fameux poème épique Cahier d’un retour au pays natal (1947) – fondation littéraire de la Négritude – Césaire évoque de manière très vivante le Juif, victime (blanche) du racisme.

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