“La manière la plus profonde de sentir quelque chose est d’en souffrir.”

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Quelle plus belle citation que celle de Gustave Flaubert pour illustrer l’histoire suivante.
C’est l’histoire de l’enfermement progressif d’un homme au sein d’un groupe politique ultraviolent – les fascistes britanniques – et d’une fuite en avant construite sur d’improbables contradictions. C’est l’histoire d’un homme de 58 ans qui regarde ces contradictions en face : lui qui se considère comme néo-nazi depuis l’adolescence… C’est l’histoire de cet homme qui quitte “le mouvement” et révèle publiquement qu’il est “gay” et Juif !
Kevin Wilshaw est “un militant très connu du National Front pendant les années 1980 et était encore actif jusqu’en début d’année 2017 dans des groupes suprémacistes”, comme le British National Party. Très jeune, il a gravité vers les cercles extrémistes, fuyant un foyer violent et une petite ville isolée, à la recherche de “ce sentiment de camaraderie qu’on a lors qu’on est membre d’un groupe qui est attaqué par d’autres”.
Kevin Wilshaw un cas unique.
Un homme, se sachant “gay” et Juif, qui a milité dans des groupes antisémites et racistes en se forçant à ignorer la réalité, ou au moins à ne pas trop réfléchir aux immenses incohérences.
Dans les années 1980, Kevin Wilshaw est condamné pour l’attaque d’une mosquée à Aylesbury. Pourtant, il dit avoir maintenu une très bonne relation avec sa sœur, mariée à un musulman et convertie à l’islam.
La mort de sa mère en 2015, de qui il tenait ses origines juives, l’a finalement obligée à regarder la réalité en face. Peu de temps après, il se rapproche de Hope Not Hate et la transition aboutit avec l’interview de Channel 4 et la médiatisation de son histoire.
Quant à sa vie sexuelle, elle n’a jamais posé de problèmes au sein des mouvements d’extrême droite, au contraire : “Il y a toujours eu un milieu “gay” actif à l’extrême droite, à condition qu’on n’en parle pas et que tu ne te fasse pas prendre. Dans les années 1980, le National Front organisait des “fêtes” pour leurs membres “gays”, je n’y suis jamais allé.”
Lhistoire de Kevin Wilshaw ne se résume pas à la juxtaposition de ses éléments sensationnalistes (“gay” + nazi + Juif). Elle dit quelque chose sur la réalité des réhabilitations pour les individus impliqués dans des groupes extrémistes, quels qu’ils soient. “Une vraie réhabilitation veut dire offrir un véritable sentiment d’engagement civique – une vraie chance de’dé-isoler’”.
Kevin Wilshaw voit en son “coming out” quelque chose de beaucoup plus personnel : une tentative d’être honnête et de se reconnecter avec son fils : “C’était la seule personne qui comptait pour moi et qui ne savait pas (…). Il avait trop honte de moi. Pour lui je n’étais qu’un vieux nazi triste. Il ne connaissait pas la vérité.”
Ce qui nous emmène à la morale de l’histoire, de Georges Courteline : “S’il fallait tolérer aux autres ce qu’on se tolère à soi-même, la vie ne serait plus tenable.”

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