De Melouza à Ouradour, monsieur le Président Macron !

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Gaston Defferre, maire de Marseille, déclarait à Paris-Presse le 22 juillet 1962 “Marseille a 150.000 habitants de trop …, que les pieds noirs aillent se réadapter ailleurs”. Le 14 février 2017, Monsieur Macron, qualifiait la colonisation de “crime contre l’humanité” et de “vraie barbarie”, dans une interview à la chaîne algérienne pro-islamiste “Echorouk News”. Devant vos propos, Monsieur le président de la République, blessé comme nombre d’enfants nés en 1961, j’ai attendu patiemment le moment de vous interpeller. Et ce moment est arrivé lors de votre passage à Oradour sur Glane, le 10 juin 2017. Bien évidemment, d’aucun de ne pas s’aventurer à minimiser l’horreur absolue du plus grand massacre de civils (642 victimes) qui fut commis à Oradour par un détachement du 1er bataillon du 4ème régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS. Les tombes du cimetière d’Oradour sont ornées de photos dont les regards sont vivants et vous fixent droit dans les yeux. Le 28 mai 1957, dans le douar Beni-Ilman, à la limite de Sétif et de Médéa, au début de l’après-midi, 80 assassins du FLN vont rafler puis exécuter et mutiler 301 personnes dont des adolescents de 15 ans, à la hache, à la pioche, au couteau et à la mitraillette. Parmi ces assassins, pas un de ces centaines de milliers de “pieds-noirs” et ce n’était pas l’armée française. Ce n’était pas nos parents, partis dans cet exode de 1962, hébétés et désemparés, sans le sou, et surtout trahis par les accords d’Evian qui claquaient comme le coup de fusil d’une exécution sommaire alors que le ciel avait toujours été bleu dans leurs yeux. Je ne suis pas fils de colon et peu d’entre nous ne l’était. Mon père, ancien combattant n° 78897, avait fait le petit débarquement durant la Seconde Guerre mondiale et avait le choix de ne pas rempiler pour faire celle d’Algérie. Tous ceux de sa génération et ceux d’après n’ont jamais commis de “crime contre l’humanité”. A cette blessure ouverte à jamais et qui accable tant dans notre cœur et notre chair, est venue se surajouter cette insulte qui nous outrage, nous les enfants du no man’s land. La génération de l’exode de 62 est une génération par trop bien éduquée. Mon grand-père paternel, Baba Zizi ne parlait que l’arabe, portait le turban et le sarouel. C’était un petit tailleur analphabète et très pauvre. Mais, devant le spectacle pathétique d’un tel déséquilibre du traitement de l’Histoire, me taire c’est commettre un “crime contre l’histoire”. Combien d’entre-nous auraient imaginé qu’ils seraient un jour amenés à abandonner une seconde fois, une terre qui étaient la leur. L’Algérie était leur pays avant même ce maudit décret Crémieux au même titre qu’elle était la terre des Algériens. Je n’ai pas connu Constantine, ma ville natale, que mes parents ont quitté par peur des fellagas qui dévalaient les montagnes pour venir égorger. Peu de temps après l’assassinat de Raymond Leyris, le 22 juin 1961, chanteur juif oriental et beau-père d’Enrico Macias (les parents de nos grands-parents sont frères et sœurs, tout comme avec Paul Amar), le signe de l’exode forcé a sonné. Non, je n’ai pas connu Constantine. J’y ai vécu au travers de mes parents et de la musique nostalgique du Maalouf. Tous les jours, des larmes coulent sur mon visage mais, aujourd’hui, c’est de la colère qui anime l’écriture de cet article, colère pondérée par votre jeunesse et votre méconnaissance de l’histoire. Laissez-moi sécher mes larmes, Monsieur le Président de la République, je dois continuer à écrire ma souffrance…Je suis un enfant de l’exode et de l’exil. Je suis Juif et je suis Charlie ! Je suis Juif français, Judéo-espagnol, Français juif et Juif algérien. Je n’ai commis aucun crime contre l’humanité mais d’Oradour à Wagram, ce fût véritablement “un crime contre l’humanité” qui ne tolère aucun “deux poids – deux mesures”.

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