Charles David – Témoin

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Product Description

Projet pedagogique Hatikva

 

TEMOIGNAGE

Vous étiez enfant lorsque vous êtes monté sur le bateau.

‏J’avais tout juste 14 ans comme certains jeunes de cette croisière. Je suis né à Paris en 1930 et quand la guerre a éclaté, mon père a été obligé de se cacher. Je suis resté seul à Paris avec ma mère et mes deux petites sœurs. Je n’avais pas encore 12 ans lorsque, la nuit de la rafle, j’ai interdit à ma mère d’ouvrir la porte aux policiers qui venaient nous chercher. Le 25 juillet 42 nous avons quitté Paris en train, debout dans un wagon avec de l’eau jusqu’aux épaules pour Vichy, puis Montauban, Toulouse. Je vivais à Cadours jusqu’au 22 mai 1944 quand j’ai été arrêté à Toulouse et interné avec ma mère à la caserne Caffarelli. Je m’évade le 8 juin avec un camarade.  La «sixième» me propose d’aller en Eretz. C’est la première fois que j’entends ce mot! Avec un groupe de jeunes enfants, nous traversons les Pyrénées à pied, mangeant de l’herbe et des sauterelles! Nous arrivons à Andorre, puis Lerida en Espagne le 21 août. Logés et habillés par l’American Joint, nous rejoignons Barcelone le 31 août puis Cadix. C’est de-là que j’embarque à bord du bateau Guiné-Portugal le 26 octobre 1944. Passant par Tanger, nous sommes arrivés à Haïfa le 4 novembre 1944. Durant quelques semaines, nous sommes accueillis dans le camp d’Atlit.

‏- Cela fait donc 70 ans. Pourquoi avez-vous voulu témoigner devant les jeunes du bateau HATIKVA?

‏Je pense que c’est un devoir. Nous, les témoins, sommes âgés et il n’y aura bientôt plus personne pour raconter de vive voix et répondre aux questions. En fait, je ne suis pas un héros et j’ai même pris des risques démesurés sans m’en rendre compte.

‏Personnellement j’avais espoir de retrouver ma famille après la guerre. Mais quand je suis arrivé en Palestine, c’est comme cela que s’appelait Israël en 44, j’ai tout de suite rencontré des enfants d’Europe de l’Est orphelins. Si nous arrivions à rire en journée, les nuits dans les dortoirs étaient terribles, chacun pleurant ses parents, ses frères et sœurs. Là j’ai eu un doute concernant ma mère mais je savais que je retrouverais un jour mon père protégé par Mgr Saliège et mes sœurs cachées dans un couvent.

‏- Vous aviez l’espoir, justement le nom de ce projet est Hatikva. Est-ce le message que voulez transmettre?

‏En racontant mon histoire à des jeunes de mon âge d’alors, j’espère qu’ils la garderont en mémoire et aussi qu’elle leur servira de référence dans leur vie. ‏Je suis préoccupé par la situation actuelle en France. Quand je vois qu’on manifeste partout dans le monde en soutien à Israël mais que les Juifs de France ont peur, cela m’inquiète pour leur avenir.  Je n’ai jamais gardé un goût amer de toutes les épreuves que j’ai vécues, ni la Shoa, ni les douleurs des balles et éclats qui font partie de mon corps depuis la guerre d’indépendance, ni les rumeurs antisémites qui me visaient personnellement à Amiens en 1969; rien de tout cela ne m’a jamais empêché de garder espoir et de repartir de l’avant. Là, avec l’âge, je reste optimiste pour l’avenir du peuple juif mais je suis inquiet pour l’avenir des Juifs qui resteront en Europe, et tout particulièrement en France.

‏Am Israël haï!

Charles Benguigui

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