La foi étourdie !

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La foi étourdie !

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Tous les hommes ont en droit un même pouvoir de décider et tous les hommes sont aussi portés à croire.

Néanmoins, entraîner son esprit critique est une chose qui s’étudie et qui se pratique. La croyan- ce est-elle plus active et plus attentive?
Nous sommes souvent résignés à l’immobilisme du spirituel, une inertie qui est relative à notre projection aux compositions psychiques de notre propre esprit. Généralement nous ne pou- vons nous défendre de croire en notre manière de penser.
L’immobilisme du spirituel fait que l’apathie peut ankyloser l’intellect, de sorte qu’au lieu d’avoir à l’esprit des pensées légitimes, fermement éta- blies en conscience, nous conservons par habi- tude des pensées embrouillées et pas forcément nécessaires qui n’ont guère d’explication.
Le mythe a aussi une fonction, il occupe un rôle spécifique dans la conscience collective. Il est là pour tramer dans l’imaginaire des certitudes et se substituer au néant des craintes infinies; il est là pour accorder des solutions péremptoires à des interrogations qui demeurent sans expli- cations.
Il cède la parole à des croyances pour répondre aux demandes les plus pénibles : la présence du mal, de la souffrance, la mort, le destin de l’âme, le sens de la vie, l’existence et la nature de D.ieu etc.
La routine entretient le spirituel dans des orniè- res dont on ne sort que très péniblement. Cela requiert une prodigieuse acuité d’esprit, un vif éblouissement, une perpétuelle appétence in- tellectuelle et spirituelle pour que l’esprit reste inlassablement acéré. Sinon, il oserait appréhen- der ce qui lui est purement familier comme une certitude sans appel, ce qui est communément perçu comme ce qui devrait être intellectuelle- ment acceptable.
En résumé : croire en des préjugés de manière incongrue et étourdie.
C’est la flemme spirituelle qui encourage le con- servatisme des idées reçues, ce conservatisme que nous ne remettons jamais en question car inquiets de tout bouleversement dans notre quo- tidien. Nous évitons de trop réfléchir par nous- mêmes, nous préférons dire et penser ce qui se dit et ce qui se pense.

Le conservatisme est une tournure de la foi où l’esprit s’est assoupi dans la routine.
Plus insidieuse est la nécessité de croire à tout prix, l’épuisement de l’esprit critique abandonne le champ libre à la crédulité et la crédulité peut adopter un aspect pour ainsi dire pathologique dans certains cas.

Qu’est-ce que la crédulité ? Un comportement dans lequel l’esprit ingurgite des idées reçues sans aucune interrogation.
On raconte que l’enfant est naturellement candi- de. Sincèrement il est aisé de le duper et l’adulte le berne souvent. L’enfant est solitaire avec son exigence de comprendre chaque chose et c’est grâce à ce qu’il nous entend lui répondre qu’il se construit au fur et à mesure. Toutefois, l’enfant en vrai est plutôt naïf, ce qui fait qu’il ouvre de grands yeux pour tout ce qui est nouveau. Ce qui est véridique dans son rapport à la société, c’est sa naïveté. Une conscience naïve est sans aucune pensée préétablie, innocente de tout pré- jugé.

La naïveté consent à une relation innocente, neuve au monde. La naïveté seule peut abriter ce qui est toujours neuf, en Hébreu il s’appelle «Tam» mais veut surtout dire «Intègre».

La crédulité est tout autre, elle est une figure il- logique de la pensée, disposée à croire plus ou moins à tout et à n’importe quoi, en clair le cré- dule accepte sans explications, mais pas forcé- ment gratuitement. L’adulte est un crédule mais à l’opposé de l’enfant, il a interrompu depuis longtemps son lien avec la naïveté.

Le naïf est surpris devant le monde sans pour autant sentir de nécessité à se rassurer; or la majorité d’entre nous, bien au contraire, som- mes crédules quand il y a en nous une exigence émotionnelle de croire pour être tranquilles.

Or, c’est une chose que de vouloir entendre ce qui nous surprend, ce qui engage la fraîcheur de la naïveté vis-à-vis de ce qui est, tout cela est très différent pour ceux qui s’évertuent à se con- soler entre les bras de la croyance.

Si je ne recherche qu’à me soulager, je suis donc à priori disposé à accepter tout ce qui garantit mon opulence spirituelle, ce qui veut dire con- tenter mes inclinations, donc très souvent à m’offrir des illusions.

Ma croyance est là pour m’éclairer, elle n’est pas là pour me réconforter. 

 

Rony Akrich

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